Il y a quelques années, si on m’avait dit que certaines de mes plus belles expériences de voyage se feraient dans le silence d’un monastère, loin des plages de sable blanc et des rooftops animés, j’aurais probablement souri poliment. Et pourtant, ces séjours en monastère et retraites silencieuses font aujourd’hui partie des voyages qui m’ont le plus transformé. Une autre façon de parcourir le monde, plus intérieure, plus lente, mais terriblement puissante.
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Pourquoi voyager pour faire une retraite silencieuse ?
Dans un monde où tout va vite, où l’on “consomme” les destinations à coups de check-lists, les séjours en monastère et les retraites silencieuses proposent l’exact opposé : ralentir, respirer, écouter… et s’écouter.
Ce type de voyage attire de plus en plus de globe-trotteurs pour plusieurs raisons :
- Déconnexion réelle : réseaux sociaux mis de côté, rythme minimaliste, environnement sans sollicitations constantes.
- Retour à soi : loin du bruit extérieur, on commence à entendre ce qui se passe à l’intérieur.
- Voyage plus responsable : peu d’impact environnemental, simplicité volontaire, consommation locale et sobre.
- Rencontre avec une autre culture : immersion dans un mode de vie spirituel, qu’il soit chrétien, bouddhiste ou autre.
- Rupture avec le tourisme de masse : ici, pas de file d’attente pour “voir” quelque chose, mais un temps long pour vivre pleinement l’instant.
Je ne suis pas moine, ni gourou, ni même particulièrement ascète. Je suis juste un voyageur curieux, qui a troqué quelques nuits en auberge de jeunesse pour des dortoirs monastiques, des chambres austères, et des journées rythmées par les cloches. Et ce changement de décor m’a profondément marqué.
Qu’est-ce qu’un séjour en monastère, concrètement ?
Un séjour en monastère, ce n’est pas forcément religieux. C’est avant tout un temps de retrait du quotidien, dans un lieu où la spiritualité – sous une forme ou une autre – est au centre de la vie.
En général, voici ce que l’on retrouve dans ce type de séjour :
- Un hébergement simple : chambre individuelle ou dortoir, confort basique, mais propre et calme.
- Des repas communautaires : souvent végétariens ou très simples, pris en silence ou dans une ambiance très paisible.
- Un cadre naturel : montagne, campagne, forêt… les monastères sont rarement au milieu d’un rond-point.
- Un rythme structuré : horaires des repas, temps de prière ou de méditation, temps libre pour la lecture, la marche, l’écriture.
- Une ambiance de silence relatif ou total : selon les lieux, on parle peu, parfois pas du tout pendant plusieurs jours.
Loin d’être oppressant, ce cadre minimaliste devient une sorte de cocon. On lâche les codes habituels du voyageur (où manger, quoi visiter, que faire ensuite ?) pour se laisser porter par un rythme déjà établi. C’est perturbant au début, puis incroyablement libérateur.
Retraite silencieuse : ce que l’on vit vraiment dans le silence
Le mot “silence” fait peur à beaucoup. On imagine quelque chose de sévère, presque militaire. En réalité, le silence d’une retraite est un espace de liberté : on n’est plus obligé de parler, de se justifier, de se mettre en scène.
Lors de ma première retraite silencieuse, dans un centre bouddhiste perché en montagne, le programme était très simple : méditation assise, marche silencieuse, quelques enseignements, repas, repos. La première journée, mon esprit tournait à 200 km/h. Les notifications fantômes de mon téléphone résonnaient presque dans ma poche, alors qu’il était rangé dans un sac.
Puis, progressivement, plusieurs choses se sont produites :
- Mon corps a ralenti, mon sommeil est devenu plus profond.
- Mes pensées, au lieu de s’entrechoquer, se sont mises à circuler plus posément.
- Le paysage s’est “élargi” : je remarquais les détails, les odeurs, les sons lointains.
- Une sensation inattendue de clarté mentale et d’apaisement a commencé à s’installer.
Ce n’est pas magique, et ça ne résout pas toute une vie en trois jours. Mais ce silence crée un espace intérieur que l’on a rarement l’occasion d’explorer en voyage, tant on est occupé à “faire des choses”. Ici, on se contente d’être là.
Différents types de séjours en monastère autour du monde
Selon la destination, le style de vie monastique et la couleur spirituelle change du tout au tout. Quelques exemples que j’ai pu expérimenter ou croiser sur la route :
- Monastères chrétiens en Europe : en France, en Italie, en Espagne, beaucoup d’abbayes et de monastères accueillent des hôtes, croyants ou non. On peut partager les offices, aider aux tâches, ou simplement profiter du calme.
- Temples bouddhistes en Asie : en Thaïlande, au Sri Lanka, en Corée du Sud ou au Japon, certains temples proposent des retraites de méditation, parfois très structurées (réveil très tôt, longues heures de méditation, règles strictes).
- Centres de méditation laïques : partout dans le monde, des centres inspirés par différentes traditions (Vipassana, zen, pleine conscience) offrent des retraites silencieuses sans connotation religieuse.
- Ermitages et lieux isolés : certaines communautés ou fondations mettent à disposition de petites maisons ou cabanes pour des séjours en solitaire, dans un cadre naturel préservé.
Quel que soit le lieu, l’idée reste la même : offrir un espace protégé, structuré, pour se retirer temporairement du flux incessant du quotidien et du voyage “classique”.
Comment choisir sa retraite ou son monastère ?
Tout le monde n’a pas envie d’un réveil à 4h du matin ni de méditer dix heures par jour. Le choix du lieu est donc crucial pour vivre une expérience adaptée à tes besoins.
Voici quelques critères à considérer :
- Le niveau d’engagement : certains lieux demandent de suivre tout le programme (offices, méditations, règles de silence strictes), d’autres laissent plus de liberté.
- La durée : pour une première expérience, 2 à 4 jours peuvent suffire. Ensuite, tu pourras tenter une semaine ou plus.
- La tonalité spirituelle : chrétienne, bouddhiste, laïque… choisis en fonction de ta sensibilité, mais sache que beaucoup de lieux sont ouverts à tous, sans prosélytisme.
- Le confort : certains monastères sont très simples (eau chaude limitée, chauffage modéré), d’autres plus confortables. À toi de voir ce qui te convient.
- La langue : si tu veux suivre des enseignements, vérifie qu’ils sont donnés dans une langue que tu comprends.
Enfin, lis toujours attentivement les conditions : don libre ou tarif fixe, participation aux tâches, règles de silence, contraintes vestimentaires. Ça évite les mauvaises surprises à l’arrivée.
Ce que ces séjours changent dans ta façon de voyager
Après quelques retraites et séjours en monastère, j’ai remarqué un changement profond dans ma manière de voyager, même en dehors de ces contextes.
- Moins de frénésie : je ne ressens plus le besoin de tout voir. Je préfère passer plus de temps dans un seul endroit, m’imprégner plutôt que survoler.
- Plus de présence : un café sur une place de village, une balade au lever du soleil, un trajet en bus deviennent des moments à part entière, pas seulement des transitions.
- Un rapport différent aux autres : le silence m’a appris à mieux écouter, à laisser plus de place aux rencontres authentiques plutôt qu’aux conversations superficielles.
- Une conscience plus fine de mes besoins : je repère plus vite quand je suis saturé, quand j’ai besoin de repos, de solitude, ou au contraire de mouvement.
Les monastères et retraites silencieuses ne sont pas une échappatoire au voyage, mais une autre facette de celui-ci : un voyage vers l’intérieur, qui vient ensuite nourrir toutes les aventures vers l’extérieur.
Préparer son premier séjour en monastère : quelques conseils pratiques
Si tu sens l’appel de ce type de voyage, voici quelques conseils pour vivre au mieux ta première expérience :
- Partir avec une intention simple : pas besoin d’attendre une “crise existentielle” pour tenter une retraite. L’envie de se poser, de faire une pause, suffit.
- Prévenir ton entourage : explique que tu seras peu ou pas joignable. Cela t’aidera à lâcher vraiment ton téléphone.
- Voyager léger : quelques vêtements confortables, un bon pull, des chaussures adaptées à la marche, un carnet et un stylo. Pas besoin de plus.
- Laisser les attentes au vestiaire : chaque retraite est différente. Certaines seront intenses, d’autres plus douces. Accueille ce qui vient.
- Respecter les règles du lieu : elles ne sont pas là pour t’opprimer, mais pour créer un cadre qui soutient la démarche de tous.
La première fois, tu te sentiras peut-être un peu maladroit, décalé, voire perdu. C’est normal. Avec le temps, on s’habitue à cette autre temporalité, à cette autre densité du silence. Et on se surprend à en redemander.
Voyager en monastère ou en retraite silencieuse, ce n’est ni fuir le monde, ni le juger. C’est apprendre à l’habiter autrement. Quand on revient sur la route après ça, le bruit, la foule, les lumières prennent une autre saveur. On se découvre une nouvelle boussole intérieure, plus fiable que n’importe quelle application de navigation.
Et peut-être est-ce là, finalement, le plus beau souvenir à rapporter de ce genre de voyage : pas une photo, pas un objet, mais une façon différente de se tenir au monde.
